le Dieu des yeux

Sous ma muselière, serrant les dents

qui n’a de masque que le nom

dans cette atmosphère délétère

J’allitère

Pépites des pupilles qui brillent

Me clouent le bec, mâchoire pendante…

En ce jour de neige fondue

J’avais croisé les regards vifs

d’une jeunesse en sédition

d’une fureur sourde.

De mes rides au rimel des filles

de mon front dégarni

aux tignasses des garçons

Le Dieu des yeux souriait

unissant les âmes.

Danse mais fluide…

Bas résille ou en dentelles

Ou bien noirs, ou bien pastels

Prises dans les mailles de leurs filets

Leurs guitares gigotent et foxtrotent

Poissons luisants sous les spots

Des pèches libidineuses

On se frotte à leurs écailles

On écarquille les yeux,

La tension est palpable

On a les mains moites

Sur l’arc bandé de Cupidon !

Danser préfigure l’amour,

Et ce rituel sensuel

leur donne des ailes

à elles…les fait rêver à ravir

Alors,

On aurait tort de se noyer

Parce qu’on ne sait pas bien danser

Ou que ce soir, on est mal sapé

Dans la sempiternelle bière,

Et arrondir les angles de l’urgence

De l’instant dans l’amer,

en jouant

Les distraits, les distants,

Avec ce sourire plus niais qu’amusé

Et pas du tout amusant,

Quand parfois naïf rime avec canif,

Qui une fois de plus donnera raison

À cet adage des bars, des bouges

Des boîtes et des boxons :

« Qui ne va pas à la chasse

Perdra la face »

Et encore pire !

manquera de classe…

Rencontre

Il était là pas loin de la route

Dans son complet gris

Il releva son col…

Non pardon, mit son long cou

Entre ses ailes, cacha une patte

Entre ses plumes, bel échassier

Longiligne, transi de froid,

J’étais tout près,

Intimidé par sa nature

et je tremblais, règne animal,

De froid aussi…

« Un flou de bouger »

« Toutes mes excuses,

Monsieur Héron Cendré ! »

Sang poème

Il aima les poètes

Rimbaud, Verlaine en tête

Prit une cape, une pipe,

une écharpe de laine

But la vie jusqu’à la lie

La vida de son sens,

Se jeta dans la Seine

Sang poème

Ils buvaient comme des trous

Écumaient les comptoirs

Comme des poissons bizarres

Fluorescents des abysses

Cultivaient l’ironie

Dans des éclats de rire

D’outre leur propre tombe

Sang poème

Il ne fit rien du tout

Quand une éclaircie vint

Courut se mettre à l’ombre

Entra dans un café

Comme on attend quelqu’un

Et puis loupa son train

Ne sachant lequel prendre

Sang poème

On peut théoriser

On ne thésaurise pas

Rien ne s’accumule

Et tout est encombrant

Et dans les immondices

Gisent des joyaux

Sang poème

Lune et Pluie

Affiches au machisme affiché

Douceur induite aux femmes

Réduites à l’humidité des abris-bus,

Monde servile qui se terre,

Violence routière routinière,

Raison sociale roulant

Sur les rêves de lumière.

Lune pleine d’un enfantement africain ?

Lune noire d’un rituel obscur et lointain

Nous n’aurons plus à nous faire signe,

Nous y prendrons nos quartiers,

En joyeux scintillements satellites.

Citation : 

« Nous avons toujours pensé que ce qui peut être dit de plus philosophique sur le fourvoiement éternel de l’homme, c’est que celui-ci a horreur de l’abolition des contraires. Or, le plus fécond espoir de l’existence nous semble précisément résider en des actes où se manifeste le refus des antinomies psychiques et métaphysiques que prétendent nous imposer les lois de la famille, de la religion et de l’ordre social présent ou à venir… »

Gilbert Lely (1904-1985) (L’épouse infidèle (1966))

Belle rencontre que celle de ce poète, ami de René Char et grand exégète du marquis de Sade.

Le contrat social/ « le droit du plus fort »/ J.J.Rousseau (1762)

Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. De là le droit du plus fort ; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe : Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot ? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu’il n ‘en résulte qu’un galimatias inexplicable. Car sitôt que c’est la  force qui fait le droit, l’effet change avec la cause ; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément on le peut légitimement, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Or qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? S’il faut obéir par force on n’a pas besoin d’obéir par devoir, et s’il on n’est plus forcé d’obéir on n’y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n’ ajouté rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout.
Obéissez aux puissances. Si cela veut dire cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu, je réponds qu’il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l’avoue ; mais toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu’il soit défendu d’appeler le médecin ?
Qu’ un brigand me surprenne au coin d’un bois : non seulement il faut par force donner la bourse, mais quand je pourrais la soustraire suis-je en conscience obligé de la donner ? Car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance.
Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours.Le peuple souverain le samedi 21 novembre place des droits de l’homme au Trocadéro redira son opposition au projet de loi sécurité globale après les exactions de la police du samedi 21 au soir (triste ironie…)et du lundi 23 place de République contre les migrants.
Rendez-vous samedi 27 sur cette même place à 14h.
Venez nombreux citoyens poètes  !