Le démenti

Pas de futur antérieur

Tant que c’est la vie qui te porte

Toi qui as peur de l’eau, du vide,

tu n’as pas dit avoir peur de l’amour

Et sans être parjure envers peut-être

Un secret refermé sur sa coquille,

L’image est étriquée et n’est pas généreuse

Je vois aux antipodes une amoureuse

Qui n’a pas trouvé l’étourdissant manège

Et n’est pas allée exprès

dans les fêtes foraines

Pour le décrocher…

Ce soir je te vois dans tes montagnes

Entourée d’une tablée de vieilles femmes

Arborant tel un bijou discret

L’ élégant démenti,

Exception qui confirme la règle,

Pourtant je t’imagine aimer à perdre haleine.

À dos laissant sa lame/slam…

Du fond d’une angoisse,

Du fond d’un gouffre, des abysses,

Un feu de vie happé par la mort,

Amour aveugle.

Poème empathique ?

Plume rompue à l’incompréhensible indicible ?

Quoi ? Barbarie ?

Prononcer ce mot est mourir aussi tôt.

Les cigarettes trouvées de mon père

Pour jouer à l’homme, les bas humés

De ma mère pour faire la femme,

Et la sève qui me faisait pousser humide

Dans la jungle de l’ignorance au coupe-coupe

De la leçon des choses du sexe

à l’emploi du temps des mercredis plus vieux.

Aujourd’hui, fenêtre ouverte et froide

sur le monde en furie, parents séparés,

Chômage, précarité,

violence et sexe

à tous les vents,

pans troubles d’internet

à portée de souris

Que nous sommes

fuyant dans les réseaux

d’un historique que l’on supprime aussitôt.

Vieux prof de français

Fumeur de pipe, crise cardiaque a

Cassé sa pipe, sa fureur fut

une fumée rare, argumentée, justifiée.

Ne sera pas remplacé

Par les lectures expliquées

Qui ne sont plus suivies

Des lectures suivies,

Du fond du gouffre,

Un feu de folie

Ronge l’être en devenir

Cherchant seul une lueur

Trouve la mort ou la donne

Le déni de la vie, se mettant le monde,

« À dos », laissant sa lame choir

Sur un destin qui le percute

Et le plante là dans le temps

Des comptes à rendre,

Quand tout est confus

de

tout ce que l’on t’a donné,

Sans t’aimer.

le Dieu des yeux

Sous ma muselière, serrant les dents

qui n’a de masque que le nom

dans cette atmosphère délétère

J’allitère

Pépites des pupilles qui brillent

Me clouent le bec, mâchoire pendante…

En ce jour de neige fondue

J’avais croisé les regards vifs

d’une jeunesse en sédition

d’une fureur sourde.

De mes rides au rimel des filles

de mon front dégarni

aux tignasses des garçons

Le Dieu des yeux souriait

unissant les âmes.

Danse mais fluide…

Bas résille ou en dentelles

Ou bien noirs, ou bien pastels

Prises dans les mailles de leurs filets

Leurs guitares gigotent et foxtrotent

Poissons luisants sous les spots

Des pèches libidineuses

On se frotte à leurs écailles

On écarquille les yeux,

La tension est palpable

On a les mains moites

Sur l’arc bandé de Cupidon !

Danser préfigure l’amour,

Et ce rituel sensuel

leur donne des ailes

à elles…les fait rêver à ravir

Alors,

On aurait tort de se noyer

Parce qu’on ne sait pas bien danser

Ou que ce soir, on est mal sapé

Dans la sempiternelle bière,

Et arrondir les angles de l’urgence

De l’instant dans l’amer,

en jouant

Les distraits, les distants,

Avec ce sourire plus niais qu’amusé

Et pas du tout amusant,

Quand parfois naïf rime avec canif,

Qui une fois de plus donnera raison

À cet adage des bars, des bouges

Des boîtes et des boxons :

« Qui ne va pas à la chasse

Perdra la face »

Et encore pire !

manquera de classe…

Rencontre

Il était là pas loin de la route

Dans son complet gris

Il releva son col…

Non pardon, mit son long cou

Entre ses ailes, cacha une patte

Entre ses plumes, bel échassier

Longiligne, transi de froid,

J’étais tout près,

Intimidé par sa nature

et je tremblais, règne animal,

De froid aussi…

« Un flou de bouger »

« Toutes mes excuses,

Monsieur Héron Cendré ! »

Sang poème

Il aima les poètes

Rimbaud, Verlaine en tête

Prit une cape, une pipe,

une écharpe de laine

But la vie jusqu’à la lie

La vida de son sens,

Se jeta dans la Seine

Sang poème

Ils buvaient comme des trous

Écumaient les comptoirs

Comme des poissons bizarres

Fluorescents des abysses

Cultivaient l’ironie

Dans des éclats de rire

D’outre leur propre tombe

Sang poème

Il ne fit rien du tout

Quand une éclaircie vint

Courut se mettre à l’ombre

Entra dans un café

Comme on attend quelqu’un

Et puis loupa son train

Ne sachant lequel prendre

Sang poème

On peut théoriser

On ne thésaurise pas

Rien ne s’accumule

Et tout est encombrant

Et dans les immondices

Gisent des joyaux

Sang poème

Lune et Pluie

Affiches au machisme affiché

Douceur induite aux femmes

Réduites à l’humidité des abris-bus,

Monde servile qui se terre,

Violence routière routinière,

Raison sociale roulant

Sur les rêves de lumière.

Lune pleine d’un enfantement africain ?

Lune noire d’un rituel obscur et lointain

Nous n’aurons plus à nous faire signe,

Nous y prendrons nos quartiers,

En joyeux scintillements satellites.

Citation : 

« Nous avons toujours pensé que ce qui peut être dit de plus philosophique sur le fourvoiement éternel de l’homme, c’est que celui-ci a horreur de l’abolition des contraires. Or, le plus fécond espoir de l’existence nous semble précisément résider en des actes où se manifeste le refus des antinomies psychiques et métaphysiques que prétendent nous imposer les lois de la famille, de la religion et de l’ordre social présent ou à venir… »

Gilbert Lely (1904-1985) (L’épouse infidèle (1966))

Belle rencontre que celle de ce poète, ami de René Char et grand exégète du marquis de Sade.